Par Jean-Michel
Nigel Kennedy gesticule sur scène, salue le public poing levé à la façon d'un rappeur. Pourtant c'est l'un des plus grands violonistes classiques de sa génération. Sous ce visage d'éternel adolescent surplombé d'une mèche rebelle se cache pourtant un ancien élève modèle de l'école pour jeunes prodiges de Yehudi Menuhin. Comment cet héritier d'une longue lignée de musiciens classiques britanniques en est-il donc arrivé à de telles excentricités, sans perdre le respect ni l'estime de ses pairs? Pour Lizzie Ball, premier violon de l' Orchestra of Life qui accompagne sa tournée Bach-Vivaldi, la réponse est claire: «Il a une technique ahurissante. Lorsque vous le voyez jouer, vous ne pouvez plus rien lui refuser.»
Le public du concert qu'ils donnèrent mercredi dernier à Rosenheim, en Allemagne (pays réputé pour son exigence musicale), lui a donné raison. Plus de dix minutes de standing ovation saluèrent trois heures d'une virtuosité et d'une énergie qui, pour un musicien de 53 ans, tiennent quasiment du miracle. «Je travaille encore ma technique plus de deux heures par jour, explique-t-il après le concert. Surtout, j'ai la chance de jouer aujourd'hui tous types de violons. J'en ai tellement à la maison que je n'arrive pas à les compter. Cette multiplicité d'expériences est excellente pour entretenir les doigtés et le jeu d'archet. C'est comme un sportif qui a besoin de plusieurs types d'exercices pour s'échauffer.»
Au panthéon de l'artiste figurent d'ailleurs tous types de compositeurs et d'interprètes. «Je dois beaucoup à Menuhin, qui m'a donné le goût des choses spirituelles, Bach notamment. Mais mon grand modèle classique reste Fritz Kreisler : il jouait avec son cœur avant de jouer avec sa tête.» Un précepte que Kennedy a fait sien dès ses débuts.
En 1989, ses Quatre Saisons avec l'English Chamber Orchestra se vendent à 2 millions d'exemplaires. «La maison de disques m'avait dit qu'avec de la chance on en vendrait peut-être 5000. Pour une surprise, ce fut une sacrée bonne surprise. Mais j'ai aussi découvert à ce moment-là les excès de la surmédiatisation: on a voulu me faire faire des concerts en play-back, il n'était plus du tout question de musique…»
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